Je ne l’ai pas vu
venir. J’avais l’impression de bien “gèrer” la situation, j’avais des projets,
des plans, des listes. Je lisais un livre qui me donnait la pêche…… J’en avais
un peu marre de Paris, de ne pas avoir de famille, de devoir penser à tout,
tout planifier, tout organiser. Je pensais que je m’étais bien blindée au
bureau que toute cette politique ne pouvait pas m’atteindre, je souffrais bien
sûr de ce nouvel open space, bruyant, sans un demi millimetre d’intimité. Il y avait bien ces images flashs de mon papa agonisant et quelques
larmes que j’éffaçais rapidement d’un
revers de la main pour ne pas pleurer au bureau, pour ne pas pleurer devant le
koala, …….
Il y a eu
cette douleur sous le bras, puis dans le bras qui persistait. J’étais un peu
angoissée mais sans plus….
Et puis cette
angoisse est montée.
Et tout à coup un
peur immense, froide, profonde : la certitude d’avoir une maladie grave, de
laisser mon fils, de ne plus être capable de m’en occuper. Et nous loin de
notre famille, sans filet de sécurité.
Samedi fin de journée
: départ aux urgences seule pendant que le castor s’occupait du koala.
Faire face seule,
attendre seule, penser à poser les bonnes questions, essayer de gèrer cette
terreur irrationelle qui m’écrase
Rien à signaler Madame
mais revenez si les symptomes se déclaraient dans votre autre bras….
Dimanche : départ du
Castor pour les USA – je passé une bonne journée – le soir l’angoisse me
revient mais heureusement ma sorelina de Napoli passait par la maison –elle me
raisonne, me calme, me rassure. Tout va bien
Et puis la nuit
l’impression d’avoir les 2 bras qui brûlent, puis les jambes, l’impression de
lourdeur : insomnie glaciale – le koala qui tousse – personne à part moi pour
m’occuper de lui, les larmes qui coulent à n’en plus finir.
Appeler la nounou à
l’aube – je dis la nounou mais en 3 ans, elle est devenue une sorte de petite
soeur, son fils grandit avec le mien, ça crée des liens un peu spéciaux.
Retour aux urgences –
je suis à bout, j’ai peur, je suis seule, je craque, je pleure, je ne parviens
plus à respirer. On me donne un Lexomyl, nouvel IRM, ponction lombaire, test
neurologique, prise de sang. Rien. Aucune explication. Mes symptommes ne
correspondent à rien. Un tout petit début d’hernie discale dans le cou pour
expliquer certaines douleurs du bras gauche. J’appele ma sorelina qui accourt,
elle me parle, me calme
Je rentre chez moi et
départ pour Bruxelles, me sentir enfin en sécurité, pas seule à Paris, seule
avec mon fils et cette responsabilité écrasante , ne jamais avoir le droit de
faillir, jamais. Rentrer au chaud : pleurer beaucoup, lacher les vannes. Ne
surtout pas rester seule. On se serre les coudes pour me soutenir.
Visite chez un
generaliste humain et psychologue : à son avis syndrome anxieux géneralisé,
neuro-transmetteurs grillés, trop de stress, de pression, de chagrin non évacué
“vous êtes carbonisée”.
Alors me voila convalescente,
encore KO, encore effrayée du trou dans lequel je suis tombée moi si
rationnelle, moi le bon petit soldat, moi qui sait si bien serrer les poings,
être raisonable, …..
Mais cet
avertissement si vous ne changez pas votre vie, si vous ne tirez pas les leçons
de cette crise, vous retomberez encore plus violement et longuement - “on ne
peut pas vivre sans plaisir”.
Je ne vis pas au
bagne. J’ai un très bel appartement dans un très chouette arrondissement. J’ai
un fils formidable et en bonne santé. Aucun souci financier. Un job bien payé.
Mais je ne profite de
rien – je cours , j’organise, ne rien oublier, être irréprochable. Je grapille
des quarts d’heure de lecture. Je grapille. Je n’arrete jamais – pas une grasse
matinée en 3 ans, peu de semaines avec nuits completes, aucune satisfaction personnelle au
bureau. Faire, faire, faire, faire, penser, penser, penser, penser. Ne jamais
demander de l’aide. Des amies aussi débordées que moi. Personne où déposer le
koala en cas de coup dur. Me plaindre mais en plaisantant. Me taper toujours la tête
contre les mêmes murs.
Alors maintenant : il
va falloir regler les problèmes de fond, écouter mes désirs profonds et me
poser les bonnes questions. Trouver un Monsieur ou une Madame qui m’aidera à
aller mieux (copyright Le Chat), à aller bien, et à vraiment changer. Plus
question de mettre des petits pansements rigolos sur la gangrene.
Et essayer d’évacuer
ces mystérieuses douleurs …..