dimanche 30 mars 2008

Bas les masques



C’est la quatrième fois que je recommence ce billet : mes pensées tourbillonnent, trop de questions…. J’aurais pu l’intituler : « De s’agiter mon cerveau a explosé ».

Je me sens décalée : comment on trouve sa place ? J’aime bien le contenu de mon nouveau job mais comment on fait pour jouer à la politique des entreprises ? Comment on fait quand on n’a pas envie de participer à cette fanfaronnade ? Si seulement, il suffisait de bien faire son travail….si seulement les règles étaient claires….

« Plus tard, j’aimerais bien être peintre ou vétérinaire pour cheval » me confie ma petite nièce.
Et moi, je répondais quoi ? J’ai beaucoup changé d’avis : détective, hôtesse de l’air, espionne, cavalière professionnelle….
Comment devient-on avocat fiscaliste, directeur des opérations, responsable de gestion ?

« Deviens ce que tu es » disait la pub pour les polos au petit crocodile – mais qui suis-je, quand cessons-nous d’être ce que nous sommes ? Et comment on retrouve cette petite personne ?
Pourquoi on n’encourage pas les enfants à devenir jardinier ? J’ai lu un magnifique portrait du jardinier en chef de Versailles, portrait d’une autre époque où pour devenir jardinier à Versailles, il ne fallait pas une maîtrise en géologie et un MBA en gestion de semis.
Et puis, j’ai lu un article affligeant au sujet d’un livre consacré aux héritières : sommet du vide, culte du fric, fascination malsaine pour ces filles qui sont comme des marques humaines, n’existant que par leur nom « Armani, Lauren, etc. »
Pourquoi le monde tourne autour de l’argent ? Valeur toute illusoire car la finance n’est finalement qu’un gigantesque tour de magie – de l’illusion où tout peut s’écrouler du jour au lendemain: ce que découvrent amèrement des centaines d’employés des banques américaines. Abracadabra « vos économies ont disparu » – le grand tour du Mage Bon Reve de Capitalist World


Faut-il pour survivre dans l’entreprise : s’imaginer au cœur d’un grand jeux de société comme dans « Destins » . Comment on fait pour y croire ? Je n’y arrive pas. Je me sens toujours "double", je n’arrive pas à prendre tout ça vraiment au sérieux et je détonne. C’est fatiguant la dissonance…Je m’achète des livres pour essayer de comprendre comme on fait à longueur d’années pour adhérer aux règles, pour s’affirmer, pour écraser et s'écraser, pour ruser, pour ne montrer aucun signe de doute, aucun recul, aucune faiblesse – juste performer et atteindre ses minables objectifs. Surtout effacer toute trace de sincérité: telle est la règle du petit chef médiocre qui veut atteindre les sommets.

Heureusement qu’il y a les dimanches –, – ils sont si doux mêmes sous la pluie ! Que les livres sont réconfortants : encore un peu de patience avant la petite maison tapissée de bibliothèques…. Cultivez autre chose dans sa tête, savoir que l’important est ailleurs, rêver de prendre un enfant par la main. Eteindre la TL, mettre de la musique, finir mon livre et imaginer mes prochaines vacances en Sicile ? «Demain est un autre jour" comme disait Scarlet !

mercredi 26 mars 2008

Horreur-Malheur



Je ne rentre plus dans mon pantalon Joseph – il me boudine, me gratte, me sert.
Il faut que je me rende à l’évidence, j’ai pris 3 kilos : la poisse.
Comment ça je l’ai bien cherché ?
C’est ma faute à moi si j’ai la rotule fluctuante et que j’ai dû suspendre le sport ?
Quoi, quel "distributeur à crasses" ?
Non, je n’aurais pas pu m’acheter un Birkin avec tout ce que j’ai englouti dans le distributeur, c’est n’importe quoi cette histoire….
Mes petits verres de vin ? Tu plaisantes, j’espère : tout juste un demi verre le soir pour me détendre….
C’est juste la faute de ma thyroïde – moi j’y suis pour rien….La preuve, je perds mes cheveux, c’est bien que c’est juste la faute de ma thyroïde…. Non, non ça n’a rien à voir avec les litres de Coca Light…..
Et puis je m’en fous ! Cet été, il y a plein de jupons, de longues robes comme au Comptoir- donc vraiment ce n’est pas grave. Tu dis ? ....que j’aurais l’air d’un croisement entre Denise Fabre et la Mère Denis ? Toi : sale petite voix tu n’es rien qu’une garce.


Quoi encore ! Quel vélo ? Ah celui de chez mes parents….Non je l’avais pas oublié – oui je vais faire du vélo dès que la température sera passée au-dessus des 15 degrés… .Je te rappelle que la Belgique, c’est encore plus au nord que le Pas-de-Calais, c’est très très au nord de Bergues, la Belgique…. Ah oui il y en a un dans l’appart – mais je pouvais pas: je te dis…

Quel cours de barre au sol ? Celui avec lequel je ’n’arrête pas de saouler la blogosphere. Mais vraiment tu délires….si je vais aller me renseigner pour le cours de Pilates à Boulogne? Si je comptais y aller la semaine prochaine? Si si si si…


Je m’en fiche, je vais recommencer le jogging, je vais faire du vélo, je vais faire des Pilates, des massages, je vais acheter des crèmes, des petites pilules, je vais boire des litres d’eau mais ne me parle pas de régime, de privation, de 0%….non non non non – j’ai dit non – et maintenant tais-toi, tu me fatigues. Si tu ne me parlais pas toute la sainte journée, j’aurais plus de temps pour moi – je vais te bailloner saloperie de petite voix!

Maintenant que j’ai fait taire cette sale garce, je suis prête à écouter tous vos bons conseils et remèdes magiques…

dimanche 23 mars 2008

Partir-Revenir



Il est souvent excitant et enivrant de partir : un départ et une promesse, un rêve, un espoir.
Mais qu’il est doux de revenir, tout semble plus goûteux, plus séduisant, plus charmant.
Rentrer et montrer ses nouveaux achats – c’est comme les acheter une deuxième fois avec encore plus d’enthousiasme: « tu as vu mes ballerines, elles sont belles hein ?» et « tu as vu cette petite blouse, tu ne devineras jamais combien je l’ai payée - en dollars en plus ! » et « tu connais ce bouquin, non et celui-là ? – Je te le prêterai ».
Rentrer et partager ses photos


Rentrer et partir au marché sous la pluie : acheter des fraises et des carottes et trouver ça merveilleux.
Rentrer et aller au cinéma main dans la main.
Rentrer et me laisser aller sur mes vieux Cds de musique brésilienne
Rentrer et prendre plaisir à faire la lessive, à sentir le linge propre
Rentrer, s’acheter le Vogue, papoter avec la vieille libraire « chonchon » et se délecter de sa voix à la Arletty.
Rentrer et dire « Bonjour » à ses voisins : avoir l’impression d’être Audrey Hepburn dans « Paris when it sizzles »
Rentrer et se faire du thé.

Rentrer et espérer en observant les petits boutons de géranium qui émergent et bientôt…
Rentrer et mettre une jolie table de Pâques. Partir à la recherche des petits œufs en chocolat.

Rentrer et prendre tout son temps.
Rentrer et écouter les merles du Parc Monceau.
Rentrer et décider de ne plus se laisser emmerder.

jeudi 20 mars 2008

Just Did It !


Ma valise est presque prête, je suis nerveuse comme un cheval qui rentre à l’écurie.
J’en ai assez : assez de shopping, assez de chambre d’hôtel, assez de repas en solitaire, assez des sirènes, assez ….
De toutes façons, ces 3 derniers jours: j’ai tellement travaillé que je ne me rends plus compte de NY, je ne sais plus trop où je suis. Je ne peux pas en profiter donc je subis les mauvais côtés. Les serveurs pressés qui vous retirent votre assiette si vous posez vos couverts plus de 45 secondes, les onomatopées des caissières, les décibels de mes collègues, les coupures publicitaires incessantes, la paranoïa des medias qui collent en permanence la trouille aux gens pour s’assurer qu’ils se consolent dans une consommation effrénée des produits de leurs assomantes pubs….


Pourtant lundi, c’était St Patrick’s Day – la fête des Irlandais, la grande parade sur la Cinquième mais je n’ai rien vu, juste quelques répétions le matin de ma fenêtre. Lundi, j’aurais bien été me balader, le ciel était lumineusement bleu, cette lumière intense et si particulière…et j’aurais préféré m’évader plutôt que d’affronter Satanas….
Mais Satanas n’est pas courageuse juste rusée –elle a obtempéré aux injonctions de ses supérieurs, prétendument bonne joueuse : implacable et vicieuse avec les inferieurs, soumise et lâche avec les gradés. Débectante.
Je me sentais rassurée par la présence de Monsieur Noiret qui me couvait d’un œil – monsieur Noiret qui lui tient ses positions, honnête, franc…voila ce que je peux dire.
Je suis ravie d’avoir eu cette chance, je suis ravie d’être venue, je suis ravie d’avoir profité de la ville, je suis ravie de commencer autre chose, de rencontrer d’autres gens, je suis ravie car cela m’a permis de rompre avec des semaines difficiles, des chaines de mauvaises nouvelles, avec le découragement mais je suis ravie de rentrer, de retrouver Castor, d’aller courir au parc Monceau, d’aller au marché, de revoir mes copines, de repartir plus régulièrement sur vos blogs, de parler à mes nièces, de dormir dans mon lit et de m’endormir avec le castor et pas avec la TL.



Je vais me lancer dans de nouvelles aventures, j’ai un RDV important la semaine de mon retour et un moins important qui m’intrigue, je vais donner une chance à cette nouvelle chance. Et j’espère que d’ici l’été, enfin complètement débarrassée de Satanas, j’aurais trouvé mes marques dans ce nouveau rôle…je me sentirais plus insouciante, plus détendue, plus légère dans mes nouvelles ballerines vertes ….
En attendant, je vais me coucher avec ma nouvelle série favorite « In Treatment » - fascinante plongée dans l’univers des psychothérapies avec le très fascinant Gabriel Byrne. Bonne nuit !

lundi 17 mars 2008

Week-end : Manhattan Delights


Dimanche soir, Miss Zen se repose dans sa chambre d’hôtel : week-end bien rempli de milles petits plaisirs.
Vendredi 18.30, je quitte le bureau. Je suis à la fois triste d’entamer un week-end sans Castor et contente de ma semaine.
Mon nouveau boss me plaît : un peu grande gueule, très direct mais franc et calme. Il me fait penser à Philippe Noiret, sa grande carcasse sans doute, sa façon de se déplacer lentement, son humour pince sans rire, les murs de son bureau couverts de photos de ses labradors et de son vieux cheval. Un homme qui aime les labradors et les chevaux ne saurait être fondamentalement mauvais. Un homme qui se plait à faire enrager le ridicule chiwawa de Diabolo doit forcément être un homme de confiance.

Diabolo qui retourne sa veste maintenant que je suis sauvée des eaux par la grâce de Big Boss himself. Diabolo fait copain-copain, il m’invite dans un bon restau, me parle de son chiwawa qu’il aime plus que tout au monde et dont il parle comme on parle d’un enfant, de ses milles manies obsessionnelles, de son culte de la rapidité et de l’efficacité…. Diabolo est une cause perdue – parfois je suis même triste pour lui. Comme ses vieux jours seront tristes et solitaires.
Mais je préfère vous parler de tout ce que j’ai fait de beau, de joyeux, de rafraichissant et d’enthousiasmant.


Vendredi soir donc, j’ai remonté Madison Avenue direction la Morgan’s Library où j’ai vu la très belle expo consacrée au photographe Irving Penn – 60 portraits d’artistes : Colette, Truman Capote, Arthur Miller ( !), Bergman, de Beauvoir. Je découvre le portait de Chagall, je crois que je ne l’avais jamais vu, je suis surprise par la petite taille de Georgia O’keeffe, émue par la tristesse des yeux de Carson Mc Cullers. Irving Penn révèle au monde la faille de ses sujets. J’ai dîné là dans une ravissante salle à manger bercée par la musique d’un couple de violoncellistes. Rien ne saurait rendre la splendeur de la demeure privée de l'une des plus grandes fortunes américaines mais j’ai eu un tout petit « taste of it ». Et c’était délicieux.



Samedi, je me suis prise pour une milliardaire et j’ai poussé la porte du "Elizabeth Arden Red Door Spa" sur la Cinquième Avenue pour une après-midi de massage, soin du visage, pédicure, manucure et maquillage. Bon dieu : 5 étages dédiés aux papouilles ! Le tout organisé comme dans une banque – on vous remet votre « itinéraire » avec les étages et les noms de vos « therapists » et vous voila circulant en peignoir et clap-clap. Ma manucure et pédicure enfin je veux dire ma « nail technician » s’appelait : Hope. Elle m’a plu Hope.
J’ai adoré mais vous savez: quoi je préfère l’intimité des petits salons parisiens. Gros bémol sur la séquence maquillage, je suis ressortie avec le visage d’une actrice de feuilleton de seconde zone et 10 ans en plus ! J’ai vite effacé tout ça mais faut voir mes jolis ongles !

Dimanche – j’ai fait ma New-Yorkaise 100% terroir. Me voila en route pour la salle de gym « New York Sport Center », je sue sur un des 45 tapis de course dans une salle qui ressemble à un hall de gare. Je regarde le télé-achat en m’époumonant.
Déjeuner avec l’énorme NYT du dimanche (la maquette du NYT Magazine est un délice) Bagel au cream cheese et « Face the Nation » à la TL en bruit de fond.
Je m’enfonce dans le métro direction « Uptown », l’Upper East Side et le MET. Ce musée me rassure – je m’y sens bien, protégée. L’expo « Jasper Johns in Grey » ne me parle pas – ces toiles m’agitent. Je sors. Je fonce vers mes salles préférées. Ouf ; ici je peux papillonner, je cherche les Titien, je tombe sur le Caravage en déambulant. Je me régale – je picore : Lippi, Vermeer, Degas, Corot, Chardin…J’aime tant la peinture.


Il pleut – je décide de déjeuner sur place – je laisse mes pensées flotter au milieu des sculptures.
Il pleut toujours, je m’achète un parapluie ridicule et cher au magasin du musée. Je pars à la rencontre des écureils de Central Park : il fait tout gris et froid. Hommage à John Lennon – je me souviens de ce jour.

Je ne traine pas, direction l’Upper West Side qui reste mon coin favori. Je me ballade malgré le froid, le soleil pointe enfin son nez. Repos au Starbucks du Barnes & Noble, je feuillète des magazines. J’ai choisi un thé glacé –pas idéal pour se réchauffer mais super bon.


Retour dans le métro, repas prétentieux au restau de l’hôtel. Demain retour au bureau : transfert des dossiers entre Satanas qui débarque pour 3 jours et Miss Zen. Heureusement que j’ai pris des réserves de plaisirs car demain les poignards seront sortis. J’espère que Philippe Noiret saura tenir les chiens en laisse !
En attendant, Miss Zen va dormir en pensant; un jour, j’aurai ma petite maison pleine de livres, de romans, la précieuse collection d’ouvrages sur la peinture de mon oncle Charles, le tout entouré d’un joli jardin avec des haies non taillées, une table, deux chaises, une bonne bouteille de vin et mon castor qui me sourira.

samedi 15 mars 2008

Day 5 : The Routine


Ca y est : j’ai trouvé mon rythme, ma petite musique est revenue.
J’ai ma petite routine – je manque juste d’un peu de temps pour la lecture et vos blogs. La perfection est-elle de ce monde ?
Je me lève tôt pour être tôt au bureau car la journée commence vers 8.30 mais se finit vers 19.00. Ce que je trouve très agréable. Personne ne me surveille – on s’assure toujours que je ne suis pas « lost » - fini le syndrome de la carotte. A midi, je m’en vais dans un de ces « deli » où je me compose une petite assiette arrosée de mon Diet Coke.

Retour au bureau où je suis l’ombre d’une jeune femme assez sympa. Mon nouveau boss m’a donné des instructions très claires « shadow Drew » (ce qui veut dire la suivre comme son ombre). Je l’aime bien cette fille.
Drew est Colombienne mais elle adhère à fond au culte de l’efficacité – tout sur son bureau est organisé à la perfection, elle a dû lire un bouquin sur le sujet. J’adore sa voix, elle a la même voix qu’une actrice mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus et ça m’énerve. Elle est un peu « chubby » comme on dit ici, tout en rondeur mais sexy. Drew a adopté tout l’attirail de la succesful « ad girl » : talons, ongles vernis, cheveux hyper brillants, démarche rapide. Mais je ne sais pas pourquoi elle me plaît. Elle n’est pas arrogante, ni condescendante. Elle se marre. Elle aime son job, elle prépare un MBA en cours du soir.

Quelques bureaux plus loin : nous avons un tout autre modèle. S’il n’y avait pas de tapis on entendrait ses dents rayer le parquet. Amy décroche son téléphone avec un tonitruant et glaçant « what’s up » : ce qui sonne vraiment comme « qu’est ce que tu veux (encore) ? ». A sa défense tout le monde y a droit…

Par contre si une petite junior a besoin de lui parler, elle répond systématiquement « j’ai 15 secondes » voila qui calme la petite junior. Pas question que la marmaille lui fasse perdre son temps. Amy ne s’arrête jamais, Amy ne bavasse pas, Amy agit et donne son avis. Enfin….elle répète un truc déjà dit par quelqu’un d’autre mais avec une telle conviction que tout le monde a l’impression qu’elle vient d’inventer le robinet à dollars. Amy ira très loin.

Et puis il y a Suze. Suze n’a pas encore son bureau – elle est dans un cubicle. Suze est sans hésitation la plus intelligente de toutes. Elle est multi diplômée d’une des plus prestigieuses universités du pays – je me demande même ce que cette fille fout dans la pub. Suze a un QI supérieur à tout l’étage réuni. Je la connais bien, j’ai bossé avec elle à Paris. Malheureusement Suze n’a pas tout compris d’un point de vue psychologique – elle croit encore aux compétences et au mérite. Suze n’a pas adopté l’attirail, elle ne marche pas vite: parfois, elle court tout simplement. Grave erreur, on ne court pas, jamais : cela veut dire que Suze ne contrôle pas, Suze ne gère pas, Suze se laisse déborder….. Suze ne parle pas plus fort que les autres. Suze ne porte pas de talons, Suze n’utilise pas de fond de teint. Il faut absolument que je trouve le moyen de lui parler avant mon départ car elle est passablement démoralisée m’a-t’elle confié.

J’allais oublier « Pat » : 55 ans, stressée, maigre, claquée mais efficace. Pat boîte comme le Docteur House ce qui ne l’empêche pas de marcher vite mais elle ne porte pas de talons. Ce n’est pas grave : à son niveau elle peut désormais s’en passer. Pat me parle comme si j’étais sourde et que je lisais sur ses lèvres. Pat s’excuse tous les jours de ne pas me consacrer plus de temps. Pat a adopté l’agenda et la méthode « The 7 laws of success » mais elle ne maîtrise pas trop. Le tapis de son bureau est couvert de dossiers « pas le temps de classer » - à son niveau ce n’est pas grave. Pat, je ne sais pas pourquoi mais je l’aime bien aussi – elle a du mal à cacher qu’elle a la trouille comme une débutante. Quand elle va voir notre boss : elle murmure « wish me good luck » ou « pray for me ». Derrière son ordi, elle a punaisé une citation « always do first what you’re afraid of / faites toujours d’abord ce dont vous avez peur ».



Demain, je vous raconterai ma délicieuse petite soirée à la Morgan’s Library, l’expo Irving Pen, mon dîner… Vous savez quoi cela faisait longtemps que je n’avais plus passé une aussi bonne journée au bureau, que je n’avais plus eu autant la pêche à l’idée d’aller bosser.
Si seulement le soir, je pouvais aller retrouver mon castor… Qu’est-ce que je vous disais, la perfection n’est pas de ce monde !

vendredi 14 mars 2008

Day 4 : Oh my God !

b




Salut les blogocops, je vous avais promis un petit portrait de mes collègues de bureau.
Mais je suis claquée – j’ai fait une grande ballade dans le froid, feuilleté quelques bouquins au Barnes & Nobles à l’angle de 54th Street & 3rd Avenue, pris le métro, acheté un truc à emporter franchement pas bon et un gros Vogue de 500 pages et maintenant je m’endors devant la TL. Je voudrais aller dormir mais ils ont sortis les marteaux piqueurs ce qui fait un bruit pas possible et tout à coup il n’y a plus de son à la TL alors que j’essaye de suivre le gros scandale du moment : le gouverneur de l’Etat de NY, Eliot Spitzer, s’est fait pincer dans une sordide histoire de consommation de prostituées avec lesquels il dépensait des sommes faramineuses. Fascinant. Les medias ont retrouvé sa prostituée favorite, on interviewé sa maîtresse d’école maternelle, la femme de l’ex gouverneur a droit aux analyses psychologiques (elle soutient son mari), les cameras sont plantées devant leur domicile, son pseudo « client 9 » est tourné en dérision.


Moi je vous le dis les Américains sont dingues : qui aurait en France l’idée saugrenue de sortir des marteaux piqueurs à 22.h ?
Demain matin, je réponds à vos messages d'hier et promis je reviens avec des nouvelles de Drew, Amy et Suze...

jeudi 13 mars 2008

Day 3 : Let’s be serious


Les choses sérieuses ont commencé. Je suis partie en repérage « shopping ».

Ne pas acheter de pantalons noirs, je répète ne pas m’acheter de pantalon noir…

M’acheter des Converses ou pas ?

Et des ballerines : quoi j’en ai déjà plein ? Mais j’en ai pas des vertes ….c’est joli le vert !
Tiens un jeans « wide leg » : bof

Oui j’ai acheté un petit gilet corail avec plein de jolis petits détails. Oui j’en avais besoin, il fait froid ici et je n’avais pas prévu. Comment ça je l’ai fait exprès ? Pas du tout….

Ne pas m’acheter des motifs, des fleurs – bon il y en a partout – me rappeler que je prends 15 ans avec ce genre de truc…

Ah ça j’aime beaucoup. Je sais : je suis trop classique….



Tiens ce sac, il est marrant …je n’en ai pas besoin. Ben non j’ai besoin de rien !



Oh j’ai mal aux pieds et si j’achetais tout de suite ces ballerines ou si je prenais un tchouk tchouk…


Oh voila mes biscuits favoris : pas raisonnable jsuis au régime. Enfin j’essaye…Je m’en fous, j’achète un paquet. J’irai courir samedi.

Pas mal ce tailleur gris, ça fait longtemps que je voulais un tailleur gris. J’ai besoin d’un nouveau tailleur pour assumer ce nouveau job….ben ouais l’habit fait le moine !
Ce petit gilet soldé à 20 dollars – ah les manches mi-longues – non ça j’aime pas mais 20 dollars c’est pas vraiment cher !

C’est vraiment moins cher que mon room service : 3 morceaux de poulet, une salade et une demi bouteille de vin = 70 dollars. Ils vont criser en voyant ma note de frais – bon je n’ai pas choisi l’hôtel….J’ai cassé le bouchon de la bouteille….je voulais en garder un peu pour demain.
Je regarde un film avec Reese Whitherspoon et le bon, le beau Patrick Dempsey. Les pages de pub sont tellement longues que j’oublie l’histoire…heureusement ça ne demande pas trop de neurones. Je surmonte le jet lag.



Mon castor me manque –je voudrais lui raconter, lui demander, l’embêter. Le soir, j’aime bien appeler mes parents pour me détendre : vont pas être contents si j’appelle à 3 heures du mat. Faut couper le cordon, ma grande.

Demain je vous parlerai des mes amies du bureau…

mercredi 12 mars 2008

Day 2 : Young Lady


Mon avenir prend forme dans un bel immeuble de Madison Avenue car la Ross&Wichcraft est restée fidèle à cette prestigieuse adresse. L’état major semble avoir décidé quel sera exactement mon futur rôle. Et il y a pas à dire : ils savent emballer la marchandise avec des beaux mots ronflants et plein d’importance.
Je retrouve petit à petit mes marques et je retrouve ces bons vieux américains : leur dévouement au culte de l’efficacité et de la rapidité. Pour exister ici, il faut tout faire fort : parler fort, marcher fort, taper fort (et pas seulement sur son clavier). Comme des enfants, il faut faire du bruit pour exister. Mais je crois qu’ils ne savent pas exister, ils doivent se définir par leur boulot, leur titre, leur blackberry, leur conquête du corner office… Les filles sont pires. Omnibulées qu’elles sont à faire peur aux hommes et aux êtres humains en général.
En fin de journée, j’ai retrouvé Manhattan, son odeur entre l’âcreté du métro et le salé-sucré des vendeurs de rue : petit parcours de reconnaissance des Banana, J. Crew, Barnes et autres. Je me lancerai plus tard – ça me fait toujours ça au début, tout ce choix me saoule..
J’ai repris (un peu) courage seule face à mon assiette et mon verre de vin : un voisin de table qui me faisait vaguement penser à Bobby Kennedy et un « tank you young lady » d’un vieux serveur. Comme on dit dans la pub : priceless. Et puis quelques pas dans la nuit froide avec vue sur l'Empire State Building….

mardi 11 mars 2008

Day I : L’arrivée.



J’y suis ! Voyage un peu démoralisant à coté d’un top model – voila qui n’est pas fait pour vous donner confiance…. Presque aussi belle à l'arrivée après 8 heures de vol, fraîche et rayonnante à 3 heures du matin : on a beau parler du miracle de photoshop – il y a quand même "le matériel à la base". Moi, je me sentais aussi jolie que Maité.


Arrivée compliquée au milieu de la nuit dans une chambre lugubre et sans fenêtre, vous allez me dire au milieu de la nuit on s’en fout sauf que le matin ça vous fout un solide coup de cafard de vous réveiller face à un mur. Du coup, j’ai pas traîné et hop me voila dans les rues de Manhattan pour un coup de frais dès 7 heures du matin, décalage oblige. Comme j’avais trop froid – je me suis promenée dans Grand Central Station au milieu des new-yorkais pressés de commencer leur semaine. Moi je flânais – j’ai été humé les jolies cartes chez Papyrus, puis un petit tour par les magazines et les livres. Bref je me suis fait un petit coup de Manhattan tranquille, avant d’entamer une semaine qui va être bien chaotique.

Et vous lisez bien UNE semaine… Oubliez la légendaire organisation des américains car je suis arrivée comme une carotte dans le caviar ! Personne ne semble trop quoi faire avec moi – la définition de mon nouveau job évolue au fil des heures, mon programme change de jour en jour et semble se rétrécir pour le moment….

Le training du jour a été divisé par 2 pour cause d’incendie dans les sous-sols – évacuation de tout l’immeuble par les pompiers – me voila dans la rue, frigorifiée entre les camions de pompier et les caméras de télévision. Ça c’est NY ! Du coup, ils m’ont installée dans un joli bureau avec des dossiers à lire….mais je préfère lire vos petits messages. Je suis trop claquée pour m’enfiler des graphes et des tableaux !

Je suis rentrée tôt à l'hotel pour m'assurer que j'avais bien obtenu une autre chambre, j’ai rangé mes petites affaires dans ma case au 16ème étage d’où j’entends NY et je n’ai plus l’impression d’être enterrée vivante. Mais vous savez je me sens vraiment comme la petite fille qui arrive dans une école en milieu d’année que tout le monde regarde de travers et que les professeurs préfèrent ignorer.


Allez demain je devrais être plus en forme et j’irai profiter de NY car si ça continue ainsi je crois que je vais très vite aller cultiver mes livres dans mon jardin. Qui veut reprendre une petite librairie avec moi ?

dimanche 9 mars 2008

Miss Zen part en classe de réveil.



J’adore cette image, elle reflète tellement mes envies et mon état d’esprit. Se retirer dans mon petit monde, avec mes livres, dans un jardin: voilà ce dont j’ai envie.
C’est une photo que mon Castor a trouvée pour moi…Il m’a dit « c’est toi ! »
Moi j’ai l’impression que c’était moi, mais que ces derniers mois, je me suis laissée bouffer par le monde, le boulot, mes angoisses. Et j’ai laissé filer cette petite fille à laquelle je tiens tant.
Mais comme je vous le disais dans le précèdent billet, il me semble que ça y est : j’ai fini un cycle. Je vais tourner la page d’un long chapitre perso et pro.

Je vais d’ailleurs faire un break de 15 jours – enfin, pas des vacances: je pars 15 jours en formation à NY ! Je suis à la fois très soulagée de quitter mes anciennes responsabilités, de me lancer dans une nouvelle aventure professionnelle qui j’espère me conviendra mieux. Et à la fois, je suis inquiète de quitter mon nid, mon castor pendant DEUX semaines. Je me sens un peu fébrile, un peu fragile, nerveuse comme quelqu’un qui aborde un pays inconnu et, plus que jamais je ressens le besoin de me rassurer en partageant toutes mes pensées, mes doutes, mes interrogations avec le castor.
Il ne sera donc pas question pendant les prochaines semaines de s’asseoir dans un jardin avec mes livres, mais parfois il faut savoir foncer, avancer sans se retourner, ne pas laisser mijoter certaines pensées.

Je relisais ce matin quelques pages de l’excellent « Poteaux d’angle » d’Henri Michaux, j’y trouve toujours quelques consolations et inspirations. Je tombe sur cette phrase qui me convient si bien :
« Va tant qu’il est possible, jusqu’au bout de tes défaites, jusqu'à en être écœuré. Alors la magie partie, les restes , –il doit y en avoir- ne t’abîmeront plus. Voilà comment en sortir, si tu veux en sortir. Si tu y tiens vraiment. Saturation. Avant, tu ne peux rien de définitif, ni par la contemplation, ni par la critique. Et après, quasiment plus de problèmes. »


Parfois je m’époumone, je me blesse, je m’épuise à poursuivre certaines idées et même si je tombe, je me relève, je repars comme un petit soldat de plomb. Je me dis que je suis idiote, stupide, bornée, naïve mais je ne peux tout simplement pas supporter les regrets, je préfère les remords. Quand arrivée au bout de la défaite, je me détourne c’est presque toujours sans regret avec la satisfaction d’avoir tout fait et tout essayé.

J’ai désormais la sensation d’avoir tout essayé et je repars « en avant, calme et droit ».
Tout à l’heure, je serai dans l’avion le coeur serré : j’ai quand même calé plusieurs livres dans ma valise, juste à côté de mon appareil photo et de mon ordi car j’ai bien l’intention de partager avec vous ces 15 jours de working girl à Manhattan ! Je ne vous lâche pas.

mercredi 5 mars 2008

Dans tous les sens.



Ce sera un billet qui part dans tous les sens. J’ai l’impression de descendre des montagnes russes, du train fantôme, et de la chenille…. J’ai la tête qui tourne. C’est comme au casino quand le croupier relance la roue, que la bille rebondit, tourne et ricoche.

Après des mois de recherches et d’interviews, les fenêtres s’ouvrent toutes grandes. Je rêvais de donner ma démission et, finalement, la plus belle opportunité vient de l’interne. Tout à coup, c’est l’accélération. Je pars vers de nouvelles aventures et cela me donne la pêche….

Après des mois d’essais et d’espoirs, les fenêtres se ferment sur une autre attente. Les volets ne sont pas encore fermés, mais il va falloir renoncer en partie, accepter ces nouvelles cartes que me tend la vie et jouer avec celles-ci sans amertume, sans aigreur. Digérer, admettre et s’en aller sur un autre chemin avec optimisme et ce que je pourrai gratter d’insouciance.


C’est la vie qui ronronne pendant des mois et qui soudainement rugit. C’est la vie qui fait tourner la roue, vous donne des cartes au hasard ou pas. A nous de les saisir, de les remettre en jeu et essayer de faire un bon coup de nos jours sur cette terre.

Et puis, je voudrais remercier Miss Brownie qui m’a offert des biens jolis mots en ces journées un peu particulières…Voilà, merci…

Et vous elle ronronne ou elle rugit votre vie ?

dimanche 2 mars 2008

Miss Zen et les 25 sages.



Samedi après-midi, j’ai rencontré 25 sages - une expérience révélatrice, un grand moment d’inspiration et de lucidité. Je n’oserais pas vous dire que j’ai vu une grande lumière blanche mais la lumière descendit aux tréfonds de mon cerveau grillé par une séance de torture psychologique infligée des mon retour au bureau par l’odieuse, la vile, la sournoise Satanas.

Je fus tout d’abord anéantie par la puissance sonore de leur présence : je me trouvais face à 25 pious pious de 6 ans hurlant de bonheur de se retrouver un samedi après-midi pour fêter les 6 ans de ma nièce. Ma première tentation fut la fuite…Mais voilà, j’avais promis à mademoiselle 6 ans de venir voir le magicien de « son anniversaire de 6 ans » : à cet âge là on aime afficher fièrement le compteur. Prise au piège de cette fête infernale, je me mis à les observer en cherchant à comprendre comment des êtres de si petite taille pouvaient faire plus de bruit qu’un Boeing au décollage.


Je fus frappée par leur intensité, leur dévouement total à l’instant présent, leur immersion complète dans le délire du moment et leur capacité à passer à autre chose en un éclair : pas de tergiversation, pas d’hésitation, pas d’atermoiement. Ils foncent : pas de regret, pas de questions, pas de passé, pas de futur – c’est ici et maintenant que ça se passe.
Ce fut ma première révélation – ne pas poursuivre 32 idées à la fois, ne pas multiplier les projets, ne pas perdre son temps à tout décortiquer, analyser : se concentrer sur une chose à la fois, un objectif, un rêve, un projet, un délire. Et surtout ne pas regarder en arrière, ni trop au loin.


Quelques heures plus tard, il ne reste plus que 4 petites filles invitées pour « rester dormir ». Le clan des 4 jacasse, cause, et piaille. Je tends l’oreille : des histoires à faire pâlir d’envie les scénaristes de "Dallas". Il est question de Noémie qui a fait un sale coup à Elsa, et d’Elsa qui a reçu une nouvelle Nintendo rose le jour même où elle avait cassé l’autre, et de Sophie qui a dénoncé Jeanne et même que c’était pas de la faute de Jeanne mais de Zoé…. J’abandonne.
Une des 4 vient s’asseoir près de moi. Elle ne veut plus jouer avec les autres, elles se sont disputées. Je lui demande la raison de la rupture du clan: elle me répond que c’est toujours pareil quand les filles parlent des autres filles « et bien ça finit toujours mal quand on parle des autres, on n’est pas d’accord ». Et je m’entends lui dire :
« Tu as déjà vu Bambi ? »
« Tu te souviens de Panpan le lapin ? Et tu te souviens ce que disait sa maman : Panpan si tu n’as rien de gentil à dire sur les autres, ne dis rien ».


Je devrais m’en souvenir plus souvent et resservir cette maxime quand je me débats dans les intrigues et machinations de Satanas….. Parfois, la lumière vient des jeux des enfants.