dimanche 29 juin 2008

RDV avec les fées.



Hier soir, une fée s’est penchée sur moi. J’ai passé un moment hors du temps comme transportée dans un monde enchanté et irréel.
La journée avait déjà bien commencé, pailletée de petits moments «gavaldiens» : la petite voisine d’en face qui chante des comptines à la fenêtre, l’odeur du poulet grillé au marché qui me met toujours en joie, un orchestre qui joue à la trompette «les copains d’abord», ma petite robe Muji soldée ET à ma taille….
Le soir, j’avais réservé deux places pour voir Edouard Baer réciter « Pédigrée » de Modiano. J’aime beaucoup ce trublion qui me ferait rire avec un simple bonjour. J’ai découvert que derrière sa façade burlesque se cachait un très grand acteur.
J’émerge du métro, station Anvers , un coin que je n’aime pas : trop de monde, de touristes, de cars, de klaxons, de chaos. Mais voilà que quelques pas plus haut, je me retrouve sur une petite place bucolique dominée par le Théâtre de l’Atelier : un ou deux cafés, des enfants qui jouent à l’ombre des arbres.


Je repère une table vide, je demande à une jeune femme brune si la table est libre, elle lève son visage, me sourit avec bienveillance : c’est Irène Jacob.
Je m’assois à côté d’elle, elle lit un scénario qu’elle répète à voix basse. Je me plonge dans mon livre. Je lui dirais bien quelque chose mais je ne veux pas l’importuner. Elle attend son amie Isabelle, elle parle au serveur qui semble bien la connaître. Elle irradie de fraîcheur, de sérenité, de simplicité.
Quelques minutes plus tard, elle dit « bonjour Edouard ». Je lève les yeux : Mister Baer face à moi, sa fille accrochée sur la hanche. Elle le félicite, il l’a félicite pour cette super pièce qu’elle jouera à la rentrée. Il file. Je reste rêveuse.
À ce point de l’histoire, il me semble important de souligner que j’avais arrêté de boire du Brouilly et que je ne m’étais pas non plus initiée tardivement aux joies du petit pétard.
J’essaye d’atterrir de mon état d’excitation profonde quand une voix douce la salue « Bonjour Irène, désolée pour le retard ». C’est Isabelle Carré : diaphane, douce, pétillante. Elle présente son mari. Elle est ravissante dans sa veste en velours marron, une robe légère sur son petit bidon. Isabelle Carré, je suis persuadée qu’elle est mon double depuis le portrait que Libé lui a consacré, il y a bien 2 ou 3 ans.
Je dois ressembler à un poisson dans un aquarium. J’ai l’impression d’être entrée par effraction chez quelqu’un.
Il est temps d’y aller, je me lève en état d’apesanteur.
Baer entre en scène. Il s’approprie ce texte si intime, le fait vivre, le décor est dépouillé, le jeu pudique. Je suis touchée. Ultime flèche, Patrick Modiano monte sur scène. C’est la dernière. Il serre la main de l’acteur, n’ose pas avancer seul. Il salue, timide, gêné par cette ovation. Modiano, ce long jeune homme aux cheveux gris me fait monter les larmes aux yeux. Je ne bouge plus, je suis pétrifiée d’émotions.
Il faut sortir, encore hébetée, je tombe nez à nez avec Valérie Lemercier. Il ne manque que Frot et Scott Thomas à mon panthéon.
Hier soir, j’étais au royaume des fées, du talent et des éblouissements.
Et au douzième coup, je suis redescendue dans le métro, loin des étoiles, au royaume des réalités.

mercredi 25 juin 2008

A votre été



Je devrais poster un billet sur un sujet.
Oui mais voilà, j’ai préféré m’envoyer un petit gueuleton en terrasse.
Et qui dit terrasse dit petit verre de vin, voire petite bouteille de Brouilly.
Je devrais répondre à vos adorables messages. Je me contente de les relire… pour l’instant.
Je vous répondrai demain.
Ce soir, je rêvasse, je traîne sur mon petit balcon, je regarde mes voisins et les gens qui sont encore dehors. J’écoute les moineaux et le bruit des télés.
Je relis un mail de ma petite sœur de Rome qui me fait tellement de bien.
Je vous répondrai donc demain matin, mais je sens que je vais bien dormir. Et peut-être que je préférais rester dans mes plumes ?
Je ne suis pas très efficace en ce moment. Je papillonne, je butine. Mais ce n’est pas grave, c’est l’été n’est-ce pas ?
Pour l’instant, je n’ai pas envie de dormir. J’ai envie de profiter. Je ressortirais bien pour me balader au gré de mes envies et ne penser à rien : me promener les mains dans le dos, regarder les façades, chercher des formes dans les nuages, saluer un labrador…
Ne pas penser à demain.
Ne pas penser du tout.
C’est l’été, enfin. La saison de l’indolence, de l’indulgence, des jupes des filles, de la paresse, et des bouteilles de Brouilly en terrasse.
Bonne et douce nuit – Bel été à vous tous.

dimanche 22 juin 2008

Miss Zen recherche Odette et Amélie.



Ce soir, c’est foot. Je préfère m’occuper de mon blog.
Je pense à Odette Toutlemonde. Je me demande comment elle fait pour être contente comme ça.
Encore, Amélie Poulain, elle habitait Paris et elle ne se coltinait pas deux affreux ados dans la banlieue de Charleroi.
Je me demande si le bouquin est mieux que le film.
Bien que Catherine Frot et Albert Dupontel soient épatants, le film rame un peu. De toute façon Dupontel, je l’adore, je le trouve archi-sexy, magnétique. Et ne cherchez pas à me convaincre du contraire.
Comment elles font Odette et Amélie pour être contentes de leurs sorts ? Elles n’ont pas de maris, pas d’argent, pas de boulots épanouissants, pas de maison à la campagne, pas de vacances dans les îles, pas de garde-robes Miu-miu…..
Vous savez comment elles s’y prennent pour être guillerettes comme ça ?
Moi en ce moment, je vois tout en noir, tout m’insupporte, je deviens colérique pour un rien. 30 ans et des grosses patates et pas la moindre idée de ce que j’aimerais vraiment faire de ma vie à part faire un break de quelques mois.
Où vais-je ? Chais pas.
En attendant, je fais attention à mes dépenses. J’économise de la «fuck my boss» money. Pour le jour ou je péterai vraiment un plomb. Et vous savez quoi ? Et bien, ça ne me manque pas. J’ai bien repèré une petite jupe chez Gap mais rien qui ne saurait attendre les soldes. Je prends exemple chez Modelshop qui trouve toujours des plans d’enfer.
Même mes instituts rutilants d’épouses de patrons du CAC 40 ne me tentent plus tellement. J’ai découvert un petit institut de massage chinois à deux pas de chez moi, je me coupe les cheveux à Bruxelles pour un tarif nettement moins cher que les coupe-tifs parisiens. Je n’ai plus envie de dépenser des cent et des milles.
Bon, je ne dirais pas non à mon Birkin, ni a une aprèm' chez Nuxe mais en attendant je préfère lire, siroter un thé en terrasse, me promener le nez au vent, soigner mes plantes.
Voilà j’ai des envies de rien et des envies de tout. J’en ai assez de mes craintes matérielles et superficielles. J’en ai marre d’être la «good girl» souriante, professionnelle, disponible. Je dois lâcher prise me dit-on – difficile quand on ne sait pas exactement ce qu’il convient de lâcher. Et quand on lache – il faut savoir où tomber. Je ne me vois pas tomber ailleurs que dans mon lit avec un cahier et un bic : ce qui n’est pas si mal.
En attendant, j’aimerais connaître le secret d’Amélie et d’Odette car je n’ai pas l’impression qu’elles font semblant. Peut-être qu’elles n’existent pas ? D’ailleurs, j’ai beau réfléchir – je n’en connais pas tellement des filles comme elles… Et vous ?

mercredi 18 juin 2008

Miss Zen, la vidéaste et le cerveau



Si je n’avais pas eu la flemme, je vous aurais bien parlé de l’exposition consacrée à Valérie Mejren.
Et puis non, je n’ai pas envie. De toute façon, l’expo est finie. À quoi cela servirait de parler d’une expo que vous ne pouvez plus voir ? Valérie Mejren, je l’ai découverte grâce à ses livres mais c’est aussi une artiste et une vidéaste. Voilà, j’ai envie de pleurer. Elle est tout ça à la fois et je suis certaine qu’elle est plus jeune que moi. Je ne vous parlerais pas de l’expo mais j’avais envie d’écrire quelques lignes sur cette artiste qui a réussi à me faire rire un jour où ce n’était pas gagné.

Je disais donc que j’ai la flemme et qui dit flemme dit : « allez hop un petit tag ». Que celle qui n’a jamais sorti un petit tag un jour « sans » me jette la première pierre.

C’est un tag de Poetic Chelsea Village. Il ne s’agit pas de vous donner ma couleur favorite de petite culotte. Non, je dois prendre le bouquin du moment: aller a la page 123 et vous retranscrire la 5ieme ligne. C’est simple ! Sauf que je lis un livre sur le cerveau. Il faut bien que je relève un peu le niveau de mes pauvres journées de publicitaire financière. Si mes nombreux profs de math me voyaient jongler et m'abrutir avec ces millions, faire des projections, des tableaux, des pourcentages, des moyennes… Je crois que Valérie Mejren, elle pourrait en faire une vidéo extrêmement drôle. Enfin, je fais ma maligne mais chaque jour est une victoire sur ma peur panique d’oublier des millions et d’être désignée responsable de la plus grosse charrette de l’histoire de la pub….. Je me sens très proche de Raymond Domenech en ce moment.

Bon soit, j’en étais à mon livre sur le cerveau : fascinant. J’apprends plein de trucs. Par exemple, vous avez certainement déjà vu sur internet ce jeux dans lequel l’ordi vous propose 5 cartes et vous devez en choisir 1 et puis abracadabra : l’ordi va deviner votre carte car elle aura disparu ! Magie, stupeur : moi je sais maintenant comment ça marche : les 5 cartes proposées au début ne sont pas les mêmes que les 4 de la fin donc forcément, votre carte n’est pas dedans. Mais votre cerveau, tout concentré qu’il était à choisir une carte, n’a pas fait gaffe aux autres. Bref si vous voulez comprendre ce que je vous raconte ou si cette histoire vous intéresse : « Stumbling on Happiness » de Daniel Gilbert (c’est un homme chauve à lunettes, professeur de psychologie à Harvard, non apparenté à la célèbre animatrice française).

Et pour finalement répondre au tag. J’ai décidé de vous faire partager quelques lignes de « Trois Chevaux » de Erri de Luca. Un livre qui dissout les angoisses. Je vais donc page 123 : « Dans la cuisine à demi éteinte éclairée par le couloir, nous nous laissons réchauffer par une tasse ».

samedi 14 juin 2008

Les lundis au soleil


Lundi dernier, j’étais en congé. Il y a un siècle, voire deux…..

Lundi dernier, je me demandais : « Est-ce que je n’aime pas mon boulot, ou je n’aime pas le boulot tout court ? »
Lundi dernier, je me disais « J’aime les livres, les pages vides dans des cahiers neufs, mon balcon au soleil, les terrasses des cafés parisiens ». J’aime aussi les lundi chômés, les rues calmes parce que tout le monde est au bureau et pas moi. Le Monop vide, les petits vieux qui aiment bien causer à la caisse.

C’est un autre monde, une autre planète, Je peux prendre tout mon temps et m’asseoir au troquet du coin. Je m’installe à l’ombre, accueillie par un truculent : « Monsieur, Dame Bonjour » qui me fait sourire. Ce soir-là, c’était match, le patron portait encore fièrement son maillot bleu.
À côté de moi, un type qui se croit beau, qui se sent beau, un type qui ne doit pas beaucoup douter, une sorte d’agent immobilier, habillé comme un marchand napolitain de montres en or : chemise bleu marine, col italien…Il défait sa cravate, pose son portable bien en évidence sur la table, on dirait une pub pour les années 80. Il contemple, il admire ses vilaines chaussures pointues. Je déteste ces modèles pointus, trop agressifs, trop, trop. Et il sent trop fort, un de ces parfums envahissant des dragueurs de boîte de nuit. Il devrait m’énerver, il me fait sourire.

Le vent tourne, mes pensées aussi. Je retrouve une saine odeur de vinaigre de vin qui sort des cuisines. Mon thé arrive dans une de ces tasses mal séchées et pas nettes avec la petite cuillère assortie. Ça m’est égal. Je lis un article de Jean d’O sur Julien l’Apostat, je déguste son style limpide comme de l’eau fraîche et cette parfaite ponctuation, Ca ne sert à rien, ça sert à tout, c’est si précieux
Je sors, je marche à petits pas, tout doucement. Je me dis que si je ralentis, je pourrai peut-être retenir le temps, le bonheur d’un lundi au soleil et ma belle sérenité Je pourrais peut-être conserver ces quelques certitudes.
Ce soir-là, je me disais que j’arroserais mes fleurs, je découperais le Pecorino et j’attendrais le castor un verre de vin blanc à la main.
Ce lundi béni du siècle dernier.

lundi 9 juin 2008

Méli-mélo


J’ai envie de vous jeter en vrac quelques extraits de lecture. Rien de très intellectuel mais quelques bribes qui m’ont fait réfléchir, qui m’ont fait du bien.

Je commence par « Si on a peur de la vie, on ne risque pas d’avoir de la chance » - elle correspond bien à Depardieu, cet acteur goulu qui a l’air de la bouffer, la vie. Être moins frileuse, moins raisonnable, : il va me falloir un bon psy. Mais cette petite phrase ne me quitte plus, elle me fait du bien.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire la bio de Philippe Noiret, j’aimais beaucoup cet acteur que j’ai eu la chance de voir dans la dernière pièce qu’il a joué au théâtre: «Love Letters». J’aime sa philosophie de vie, son respect des anciens, sa fidélité, son amour des chevaux et des chaussures. Et j’ai souligné ceci, à propos de Tarvenier : « Nous partageons l’amour des mots, de la littérature. Nous avons aussi le goût de la vie, de ce qu’elle a de concret, de la table, du vin, de la campagne. Et puis nous sommes pareillement habités par ce sentiment, non de douleurs cachées, mais des blessures, faites par on ne sait qui ou quoi, blessures qui ne furent pas particulièrement violentes mais qui relèvent d’une espèce de mélancolie de naissance. Au fond de moi, je secrète cette tendance à la mélancolie, que balance un goût de la vie ».
Retour au goût de la vie. Trouver son équilibre – se connaître, s’apprivoiser, vivre en intelligence avec soi-même. Un peu de sagesse ?

Et encore une actrice : Miou Miou. Elle me plait cette femme, ce mélange de grande fragilité, de timidité allié à une belle sérenité, une certaine quiétude. Et sa façon à elle de trouver un peu de paix : « Je crois que les humains ont en commun de chercher beaucoup de consolation, que ce soit par la musique, la peinture, le théâtre, la consommation. On cherche tous à se remplir et j’appelle ça de la consolation. Ce qui me console le plus, c’est la lecture… J’aime aussi voir des expositions toute seule ».
Se remplir au lieu de se vider, Se remplir au lieu de s’abrutir, de courir….

J’ai tellement lu que je vous parlerais bien aussi de Milena Agus, l’auteur de «Mal de Pierre». Cette femme dit des merveilles : une fée. Mais j’en parlerai quand j’aurai lu son deuxième livre.

J’espère que ces petites phrases vous feront autant de bien qu’à moi…..

jeudi 5 juin 2008

Il etait une fois dans le Perigord


Je reviens d’une douce parenthèse dans le Périgord.
Je vous avais déjà parlé de cette maison rêvée : un bonheur. Pas un détail qu’on n’ait envie de photographier – tout y est simplement parfait. Cette petite cour en gravier derrière notre chambre, les murs de lierre, les rosiers, les petits bancs, et cette table en fer blanc sur laquelle j’ai commencé à écrire, sur laquelle j’ai imaginé mes premiers embryons de personnages. Il y a des petites tables partout qui invitent à lire, à feuilleter, à écrire. Cette maison est comme un bon livre, on n’en sort qu’avec regret. Chaque page est un décor parfait, chaque page est un songe. Cette maison vous emmène loin des réalités, en dehors du temps.

J’ai pris à nouveau un immense plaisir à regarder les photos de M. Dambier –, il faudrait l’appeler Georges, mais voilà : respect. Regarder les photos avec le « maître » et essayer d’apprendre un peu de son « œil ».
Un livre sortira à la rentrée, qui reprendra quelques-unes de ses plus belles photos : juste à temps pour mon anniversaire !


Quelques mètres plus loin, sur la route de Sourzac, se trouve un endroit bien différent : Le Relais de Gabillou. C’est un restaurant. On pourrait très bien réussir sa vie sans aller y manger mais pour ceux qui n'ont pas connu la fin des années Pompidou et les années Giscard, ce restaurant est un musée. Le temps y a suspendu son vol – il ne manque plus que Pierre Mondy et Louis de Funès dans le décor. Mon castor se passerait très bien de cet endroit, mais moi j’adore.
J’ai un peu l’impression de rentrer dans la salle à manger de mon arrière tante : Marraine Gâteau, la bien-nommée. Des meubles hérités de génération en génération, des tissus lourds, de l’étain : certains diront que c’est triste comme un 1er novembre, enfin disons que ce n’est pas guilleret, mais j’aime cet effet « retour dans le passé ».
La cuisine est cette cuisine du terroir à l’ancienne faite de beurre et de crème, qui n’a pas peur de proposer des « gratons de canard », un truc à vous faire exploser votre taux de cholestérol pour les 6 prochaines années. Une petite dame aux cheveux gris s’occupe du service et elle aussi, c’est un monde englouti à elle toute seule. Je lui trouve une vague ressemblance avec Jacques Delors : une arrière-cousine périgourdine ? (mon castor s’esclaffe). Elle trottine d’une table à l’autre dans ses vieilles sandales bleu marine, sa jupe sous le genou : attentive, discrète à la limite d’une grande timidité. Elle semble un peu triste et fatiguée comme son restaurant.
Allez comprendre pourquoi, mais dans cet endroit, je n’ai même pas besoin de mon verre de Monbazillac d’automne, ni de la bouteille de Pecharmant pour devenir turbulente et espiègle comme la petite fille de 7 ans qui sautillait sur la chaise du salon de Marraine Gâteaux….

Elle est belle la vie dans le Périgord, même quand il y pleut.