jeudi 26 février 2009

Mot d’excuse.



Mesdames les lectrices, Messieurs les lecteurs,
Auriez-vous la gentillesse de bien vouloir dispenser Miss Zen de billet cette semaine?
Pour des raisons indépendantes de sa volonté, Miss Zen est expédiée en formation….à New York. Ne l’enviez pas trop, elle est formée à Six Sigma, c’est a dire qu’elle se tape des analyses de process, des formules statistiques et des graphiques de 8.30 à 18.00. Apres, elle est réquisitionnée par ses collègues qui profitent de sa présence.

Miss Zen est claquée mais contente. Elle aimerait avoir l’énergie de vous écrire pour vous parler des bruyantes new yorkaises, de Marion la « teacher », de Keith le roi du « ballroom dancing », du fabuleux discours d’Obama qui a réussi à la tenir éveillée au delà de 21.00 (un miracle).
Miss Zen espère avoir le temps de s’acheter quelques livres, d’essayer cette robe repérée dans la vitrine de Banana et de rentrer dans cette incroyable papeterie, à côté de l’hôtel.
Miss Zen vous embrasse très fort, elle vous envoie des bisous gelés et elle promet de reprendre le rythme « bloggesque » très bientôt. Merci pour votre indulgence…..

samedi 21 février 2009

En passant...



Les gestes d’un automate, le regard dans le vide, cette fille ne semble pas à sa place derrière cette caisse. Elle porte un col roulé et par-dessus un vilain T-shirt rouge barré du logo du supermarché. Malgré tout, elle n’a pas l’air ridicule. Ses lunettes sévères lui donnent un petit air de supériorité, une certaine élégance. Elle est loin, très loin, froide et distante.

L’homme fait ses courses, seul, des courses de célibataire. Il la drague, je n’entends pas ; trop d’annonces promotionnelles, de musique, de chariots, de grincements des tapis roulants.
Il insiste, sûr de lui, bouche carnassière, une allure négligée, pas nette, des vêtements criards de vendeur de voitures d’occasion ou d’assurances inutiles.
Elle l’ignore, ne le regarde pas : son corps tendu, sa bouche crispée, les yeux amers. Il s’en va. Elle demande sa pause, mais ne l’obtient pas. Trop de monde, les caisses fermées mettent les clients en colère.

C’est mon tour, elle continue son boulot mécaniquement, froidement, lasse.
Derrière moi, un homme seul, plus agé, plus élégant, un beau manteau impeccablement coupé ; on pourrait le classer dans la catégorie « vieux beau » mais pas tout à fait. Est-il déjà trop vieux ou trop subtil ?
Elle ne bronche pas, mes articles avancent sur le tapis. Il sourit, continue la conversation. J’éprouve un certain dégoût, un peu de pitié pour cette fille coincée derrière sa caisse, en cage, à la merci des dragueurs, des emmerdeurs, des arrogants.
Elle finit par sourire, elle répond. Il est ravi. Que voit-il, derrière sa jeunesse : une fille souriante, facile à satisfaire, à des années de son ex-femme, de ses manteaux de fourrure, de ses bijoux en or, de ses coiffeurs hebdomadaires. Il pourrait peut-être se sentir à nouveau fort : gâter cette fille, la rendre heureuse, la tirer de sa caisse. Il a l’air si heureux, maintenant.

Elle s’est détendue, sa rage envolée, elle papotte. Je m’écarte, je continue de les observer en fermant mon caban. Peut-être que cet homme lui rappelle quelqu'un, quelqu’un de bien ? Est-ce sa voix , sa diction qui lui plaisent ? Ou bien est-ce l’age qui le rend inoffensif ou plus fin, plus léger ? Ou tout simplement : deux êtres humains, deux solitudes qui se croisent un samedi matin.

mardi 17 février 2009

Sale Temps




Il y a des soirs, on a envie de rêver, d’espérer.
Il y a des soirs, on a envie de rien.

Hier, seule dans mon grand canapé, je pleure devant Grey’s Anatomy. Je pleure comme une gosse parce que le père de Georges meurt, parce que Georges fait désormais partie du "club des sans papas ». Je suis là à me demander pourquoi je me mets dans un état pareil.
Je me dis que ce sont mes kilos en trop qui me rendent bête, le choc du nouveau chiffre sur la balance qui me met les nerfs de mauvaises humeurs.
Je me dis que ce sont toutes ces nouvelles qui sont de plus en plus mauvaises.
Je me dis que c’est ce manque de souffle, d’espoir, de rêve dans ce climat si sec de plans, d’austérité, de froideur gouvernemental.
Je me dis que c’est l’hiver.
Je reve d’empathie, de chaleur.

Ce soir, seule dans mon grand canapé, je réponds au téléphone. Mon amie m'apprend qu'elle vient de perdre son papa, elle fait désormais partie du « club des sans papas ». Je ne sais pas quoi lui dire, les mots se mélangent avec les beaux souvenirs. Je voudrais dire quelque chose qui efface la peine, qui rassure, qui réconforte. Je voudrais lui jurer, lui prouver que son papa sera toujours là, envers et contre tout. Je voudrais retenir les lambeaux d’enfance qui s’en vont inexorablement.
Il y a des soirs, on a envie de rêver, d’espérer.
Il y a des soirs, on a envie de rien.

samedi 14 février 2009

De l'autre côté du miroir



Je ne rêvais que de mon lit et pourtant une force étrange m’a poussé dans un avion pour Ljubljana. Que savais-je de cette petite capitale des Balkans ? Rien.
Mon docteur avait insisté pour un arrêt de travail mais dans un grand numéro, digne de la Dame aux camélias, une main sur le front, l’autre sur la gorge, je refusais fermement. Une petite voix me disait de tenir bon. Dopée comme un cheval de course, j’ai décollé pour la Slovénie. Je vous épargne le flash Wikipedia sur ce petit pays.

Le voyage fut pénible. Il commença par une petite altercation avec des hommes ivres, assis à ma place qui prétendaient que les sièges n’étaient pas numérotés. Alors que je leur faisais remarquer que nous n’étions pas dans un bus, ils se lèvent, me bousculent, éructent, le regard haineux. Je frissonne. C’est peut-être la fatigue, la fièvre.

À peine sortie de l’avion, je remercie déjà ma petite voix. Il fait nuit mais je sens les montagnes, je vois leurs sommets enneigés, je respire un air pur et vif. Je me sens mieux. J’ai envie de ski, de lac, de neige. Ce n’est pas au programme: je dois aller à la nouvelle agence, prêcher la bonne parole.
Cérémonie habituelle, présentations, sourires : je rencontre Ulla qui s’occupera de mon client dans cette région. Elle est jolie, souriante. Je la trouve gauche, maladroite, à la fois trop timide et trop exubérante mais toujours à contre-tempo. Je suis plus tolérante normalement. Je suis fatiguée, les médicaments m’agitent. J’ai envie de présenter à sa place, d’être plus percutante. Cela ne me ressemble pas non plus. Elle m’agace. J’accepte à contrecœur son invitation à dîner. Elle me propose de venir me chercher à l’hôtel pour faire un petit tour dans la ville avant le restau. Je préférerais me mettre au lit mais là encore ma petite voix se mêle de mes affaires.

Grâce à Ulla et son ami, je découvre une adorable petite ville : des airs de Prague et de Vienne, des maisons de couleurs, une jolie rivière, des cafés partout, des petites ruelles et des églises baroques. C’est ravissant. Ils sont heureux de vivre-là, ça se sent.

Pendant le repas, j’en apprends plus sur cette fille. Elle me ressemble en fait. Elle ne se sent pas à sa place dans son agence de pub. Sa franchise est déconcertante. Elle a fait des études scientifiques, elle aurait aimé aller jusqu’au PhD mais elle devait attendre 2 ans. Il fallait gagner sa vie, alors ce fut la pub. J'ai un peu honte de l’avoir trouvé nulle. Comme moi, elle n’y croit pas, tout simplement. Elle y croit peut-être encore moins que moi.
Avec son copain, ils parlent passionnément de leur pays : des stations de skis à 30 minutes, de la mer à 1h30. Ils sont fiers, ils sont jeunes, ils ont envie de bouffer le monde. Ils ont envie d’aller voir ailleurs pour comprendre, s’ouvrir. Ils sont allés en Afrique, ils ont eu honte de posséder autant de choses. Mais la vie est belle parce que le monde est grand et leur pays, petit et protègé au milieu de ses forets. Ils ont confiance, l’avenir leur sourit. Et moi aussi je souris dans la nuit froide de Ljubljana, je suis contente d’avoir écouté ma petite voix, d’avoir rencontré Ulla, d’avoir depassé le miroir des apparences professionnelles, d’être sortie de l’air humide et parfois si confiné de Paris. Mon rhume refuse de se rendre mais je suis revigorée…

lundi 9 février 2009

Blog en arrêt maladie.



Je reviens dès que :
1) Mon nez arrête de se prendre pour un robinet
2) Ma tête arrête de se prendre pour un Simon : bwing, bwong, bwing, bwand (vous vous souvenez ?)
3) Mes yeux arrêtent de pleurer/brûler/clignoter
4) mes bronches arrêtent de se prendre pour des asmathiques

Je concentre toutes mes forces pour me traîner au bureau – après je m’écroule…
Bong…..le bruit de la Miss Zen qui s’écroule.

jeudi 5 février 2009

Ma garde-robe ne connaît pas la crise.



Je suis entièrement convaincue par ce précepte. Audrey Hepburn en est la preuve ultime : moins c’est plus.
Je sais que je ne convaincrai pas tout le monde, déjà moi parfois, j’ai du mal.

L’autre soir, je suis carrément tombée sur l’antéchrist de ma théorie. C’était sur M6. Leur dernière émission repose à nouveau sur le concept du coaching et se penche, cette fois, sur nos problèmes d’argent, de budget et de pouvoir d’achat. Nous faisions, cette semaine, la connaissance de la famille « Dumolet »

Le problème de la famille « Dumolet » est assez banal : Madame dépense des sommes pharaoniques dans les boutiques de Belleville. Madame Dumolet ne croit pas un seul mot de la théorie d’Audrey. Elle veut des fringues, du fashion, du super bling-bling. Elle accumule chaussures, sacs, et autres loques. Et hop, Madame veut les gros seins qui vont avec et (hop) 5000 euros en moins.
Pas de bol, la machine à laver des Dumolet tombe en panne. Madame voudrait bien s’acheter un modèle aussi perfectionné qu’Air Force 1 mais stupeur et roulement de tambour, elle n’a plus de sous (et ce n’est meme pas un sale coup de Bernie Madoff). Interviennent alors Monsieur et Madame Coach pour leur inculquer de bonnes et saines habitudes.
À ce stade, j’étais totalement crispée et exaspérée mais incapable d’éteindre ou de changer de chaîne. Le suspens est pourtant inexistant, on sait pertinemment que les coachs parviendront à redresser la barre et que les coachés réussiront leurs défis. J’éprouvais déjà la même fascination malsaine pour « The Nanny ».
Alors pourquoi, sommes-nous si nombreuses à regarder ?

Selon moi, ces émissions sont construites comme les contes de notre enfance et sont des versions modernes d’un scénario universel.
Prenons un conte de base . Cendrillon a des problèmes : une marâtre et deux sales garces de sœurs. Elle n’y peut rien, rien n’est de sa faute, elle a juste chopé la mauvaise belle famille. Elle accumule les épisodes malchanceux, Elle est pourtant volontaire mais le destin s’acharne et ses garces de demi-sœurs aussi. Alors que la situation semble totalement désespérée, sa marraine, la bonne fée, apparaît et d’un coup de baguette magique et après deux ou trois incantations, déclenche une avalanche de bonheurs, de princes, de châteaux et de mioches, hopla !
Prenons un épisode de M6 de base. Madame Dumolet a des problèmes : un salaire limité, les sales garces des sirènes de la consommation qui lui hurlent aux oreilles, des copines tentatrices et un mari trop mou. Elle n’y peut rien, ce n’est pas sa faute, elle voudrait bien résister mais les boutiques de Belleville sont trop près de chez elle. Elle accumule les découverts et le destin s’acharne : elle n’a plus de machine pour laver ses vêtements à la mode.
Alors que la situation semble totalement désespérée : sa marraine, les coachs de M6 apparaissent et d’un coup de baguette magique et après deux ou trois conseils simplets, déclenche une avalanche de bonheur, de Monsieur Dumolet détendu, de Madame Dumolet satisfaite d’elle-même et de banquiers heureux, hopla !

C’est moins joli qu’un dessin animé de Walt Disney mais tout aussi efficace dans la dramaturgie…
Moi je préfère suivre les conseils d’Audrey……

dimanche 1 février 2009

Chronique du week-end



Quelqu’un a enfin pensé à allumer la lumière. Voilà des jours que nous étions plongés dans une grisaille blafarde et terne. Le bonheur de voir le ciel et le soleil me met en joie.
Je romps ma diète d’achat par une petite tournée à la Fnac. J’ai envie d’acheter le beau livre sur les peintures de Séraphine de Senlis dont j’ai adoré la bio. J’ai envie de livres de philo, j’ai envie de sagesse, de distance. Finalement, je ressors avec une BD « Le jardin des glaces », un livre de poche « Mon individualisme » de Soseki et un livre ludique sur l’histoire de l’art pour enfants.

Ce matin au parc Monceau, je recroise cet étrange bonhomme. Une sorte de clown qui court en cercle. Il trottine toujours au même endroit, un petit sac en nylon autour de l’épaule, un bonnet enfoncé sur la tête. Il parle dans un vieux portable qu’il tient comme un micro. Je tends l’oreille : un discours incohérent, scatologique. Il a l’air inoffensif comme un Charlot contemporain, imitant nos vies hypermodernes de pantins agités, vissés à nos téléphones, nos ordis. La folie ne me semble jamais loin : ne plus rien supporter et basculer. Je repense au personnage féminin joué par Tilda Swinton dans le film « Michael Clayton » : perdre pied face au rouleau compresseur de l’entreprise, quand on devient une machine de guerre, disciplinée, ivre - quand on devient un personnage, une caricature de soi, incapable de recul, fou de pouvoir et d’apparence Que se passe-t’il quand le miroir aux alouettes se brise ?
Je cours quelques mètres à côté de lui : lequel est le plus paumé, lequel est le plus heureux ? Il me sourit.

Cet après-midi, je vais enfin au théatre, voir « Le Diable Rouge ».
J’y vais en matinée, avec le troisième âge. Ça tousse beaucoup, mais c’est reposant. Et il y a moins de risque de se retrouver assise derrière un géant….
La pièce est très classique, les décors sont inspirés, les dialogues savoureux et le très grand Claude Rich joue delicatement le rôle de Mazarin: « Colbert, vous pensez comme un fromage ». Cette semaine, je vais essayer de faire mieux qu’un fromage.