
J’habite en France depuis 10 ans. Je suis arrivée dans un pays où il faisait bon vivre, fait de râleurs, de machos, de grandes gueules, de grèves, de traditions, d’agriculture, de France Dimanche, de la Pléiade, du tiercé et du sélectionneur national. Tout ce petit monde cohabitait dans une certaine harmonie, on se disputait à intervalles réguliers et l’on se mettait en grève pacifiquement avant de repartir comme avant. Tout n’était certes pas rose au royaume de Jacques mais il y faisait calme. Jacques aimait caresser les culs des vaches, boire une chope de bière ; ce qui contraste avec le yacht de Bolloré et des mojitos du Fouquet's….
Il y a deux ans mes amis les Français ont dû choisir entre un demago arrogant et une demago infantilisante. J’aurais fait comme eux en cochant l’option 1 plutôt que nous taper 5 ans de Chantal Goya à l’Elysée. L’option numéro 1 nous promettait une France plus moderne, plus éfficace, plus performante et surtout plus sûre « débarassée de sa racaille ». On aurait dû se méfier tant ces attributs et ce vocabulaire sont éloignés de l’ADN français. La France est grande et ne saurait se plier à ces impératifs de chef de service.
L’option n1 s’est vite transformée en un savant mélange de Louis de Funès et de Benzino Napoloni, l’ami du « Dictateur » bref du vent qui fait du bruit. Il a fait tellement de bruit que plus personne ne s’entend et surtout tout le monde a peur, peur des riches, peur des pauvres, peur du chômage, peur des séquestrations, peur des expulsions, peur des bandes et peur des flics.
Laissez-moi vous raconter une petite anecdote. L’autre soir, vers 21 heures, je rentre chez moi au volant de ma petite titine, je ne trouve pas de place pour me garer, je décide d’appeler mes parents avant qu’il ne soit trop tard. Vous visualisez tout de suite la dangereuse rebelle… Mon oreillette est en panne, je conduis mon portable à la main à la vitesse folle de 10 Km/h, ceinture attachée (nouveau détail qui vous indique mon haut degré de banditisme), Je tourne le coin et je tombe nez à nez avec un flic, ou plutôt une version moderne de nos anciennes pervenches. Avez-vous remarqué le changement : nos pervenches se sont transformées en espèce de Rambo équipé comme le GIGN. Bref, l’agent à qui cet uniforme a dû donner des velléités de soldat d’élite se plante au milieu de la route. Notez le courage sans faille de cet homme qui en dépit du danger fait face à une Smart arrivant à 9 Km/h et conduite par cette dangereuse rebelle à l’allure patibulaire. Il me fait signe de baisser ma vitre :
« Bonsoir, Monsieur » - pas de réponse, grognement, il éructe :
« Vous faisiez quoi ? » regard interloqué de la dangereuse terroriste, heu, heu voyons, je déclenchais une attaque d’Al Quaida, je donnais le feu vert pour la mise à feu de la Tour Eiffel ?
« J’appelais mon mari pour lui dire que je ne trouvais pas de place et qu’il ne s’inquiète pas »
« Où est votre téléphone ? » euhhhh « dans ma main » - regard haineux – « mettez le dans votre coffre » ……
"Ben je vais plutôt le ranger dans mon sac"
"Non, le coffre"
« écoutez, je ne vais pas le mettre dans le coffre, je vais l’oublier et l’on va me fracasser les vitres pour le voler
« et bien ce sera bien fait pour vous, ça vous apprendra à avoir un portable »
Heu, heu mon portable-kalachnikov ? mon portable-10kilos de cocaïne ? mon portable-Yacht à Saint Tropez ou mon vieux portable quinquennal tout cabossé – réfléchissais-je à toute vitesse ?
"Je vais vous tenir à l’œil, faites bien attention et d’ailleurs je vais noter votre plaque…." Menace, menace....
Je vais vous dire ce type m’a fait peur, il m’a fait froid dans le dos, cette espèce de concentré de rancœur, d’autorité mal gérée, de haine mal contenue. Je me demande comment il parle aux autres, les pas bourges des quartiers moins chanceux ? Mon petit doigt me dit au mieux pareil…. Je reconnais que je ne dois pas conduire avec un portable, c’est une mauvaise idee meme à 10 Km/h. Mais il fut un temps où l’on se faisait arrêter par les flics et l’on avait droit à un Bonjour Mademoiselle, vos papiers SVP, suivi d’un discours un peu gaulois, un peu railleur ou franchement professoral – on s’en sortait avec une prune ou pas, le tout dans une certaine cordialité dont le degré dépendait de l’humeur des protagonistes. Mais je ne me souviens pas d’agressivité, de commentaires déplacés, de menaces idiotes et sans fondement.
Des petites anecdotes comme la mienne, j’en lis, j’en entends tous les jours, parfois aussi insignifiantes et parfois plus dramatiques. Et je me dis que la France a bien raison d’avoir peur de cet avenir que l’option numéro 1 lui prépare à coups de com et de démagogie….. Là-dessus, je vais aller confier mon péché de possession de portable en espérant qu’un homme de dieu aura la clémence de pardonner….








