vendredi 24 avril 2009

La France a peur



J’habite en France depuis 10 ans. Je suis arrivée dans un pays où il faisait bon vivre, fait de râleurs, de machos, de grandes gueules, de grèves, de traditions, d’agriculture, de France Dimanche, de la Pléiade, du tiercé et du sélectionneur national. Tout ce petit monde cohabitait dans une certaine harmonie, on se disputait à intervalles réguliers et l’on se mettait en grève pacifiquement avant de repartir comme avant. Tout n’était certes pas rose au royaume de Jacques mais il y faisait calme. Jacques aimait caresser les culs des vaches, boire une chope de bière ; ce qui contraste avec le yacht de Bolloré et des mojitos du Fouquet's….

Il y a deux ans mes amis les Français ont dû choisir entre un demago arrogant et une demago infantilisante. J’aurais fait comme eux en cochant l’option 1 plutôt que nous taper 5 ans de Chantal Goya à l’Elysée. L’option numéro 1 nous promettait une France plus moderne, plus éfficace, plus performante et surtout plus sûre « débarassée de sa racaille ». On aurait dû se méfier tant ces attributs et ce vocabulaire sont éloignés de l’ADN français. La France est grande et ne saurait se plier à ces impératifs de chef de service.
L’option n1 s’est vite transformée en un savant mélange de Louis de Funès et de Benzino Napoloni, l’ami du « Dictateur » bref du vent qui fait du bruit. Il a fait tellement de bruit que plus personne ne s’entend et surtout tout le monde a peur, peur des riches, peur des pauvres, peur du chômage, peur des séquestrations, peur des expulsions, peur des bandes et peur des flics.

Laissez-moi vous raconter une petite anecdote. L’autre soir, vers 21 heures, je rentre chez moi au volant de ma petite titine, je ne trouve pas de place pour me garer, je décide d’appeler mes parents avant qu’il ne soit trop tard. Vous visualisez tout de suite la dangereuse rebelle… Mon oreillette est en panne, je conduis mon portable à la main à la vitesse folle de 10 Km/h, ceinture attachée (nouveau détail qui vous indique mon haut degré de banditisme), Je tourne le coin et je tombe nez à nez avec un flic, ou plutôt une version moderne de nos anciennes pervenches. Avez-vous remarqué le changement : nos pervenches se sont transformées en espèce de Rambo équipé comme le GIGN. Bref, l’agent à qui cet uniforme a dû donner des velléités de soldat d’élite se plante au milieu de la route. Notez le courage sans faille de cet homme qui en dépit du danger fait face à une Smart arrivant à 9 Km/h et conduite par cette dangereuse rebelle à l’allure patibulaire. Il me fait signe de baisser ma vitre :
« Bonsoir, Monsieur » - pas de réponse, grognement, il éructe :
« Vous faisiez quoi ? » regard interloqué de la dangereuse terroriste, heu, heu voyons, je déclenchais une attaque d’Al Quaida, je donnais le feu vert pour la mise à feu de la Tour Eiffel ?
« J’appelais mon mari pour lui dire que je ne trouvais pas de place et qu’il ne s’inquiète pas »
« Où est votre téléphone ? » euhhhh « dans ma main » - regard haineux – « mettez le dans votre coffre » ……
"Ben je vais plutôt le ranger dans mon sac"
"Non, le coffre"
« écoutez, je ne vais pas le mettre dans le coffre, je vais l’oublier et l’on va me fracasser les vitres pour le voler
« et bien ce sera bien fait pour vous, ça vous apprendra à avoir un portable »
Heu, heu mon portable-kalachnikov ? mon portable-10kilos de cocaïne ? mon portable-Yacht à Saint Tropez ou mon vieux portable quinquennal tout cabossé – réfléchissais-je à toute vitesse ?
"Je vais vous tenir à l’œil, faites bien attention et d’ailleurs je vais noter votre plaque…." Menace, menace....

Je vais vous dire ce type m’a fait peur, il m’a fait froid dans le dos, cette espèce de concentré de rancœur, d’autorité mal gérée, de haine mal contenue. Je me demande comment il parle aux autres, les pas bourges des quartiers moins chanceux ? Mon petit doigt me dit au mieux pareil…. Je reconnais que je ne dois pas conduire avec un portable, c’est une mauvaise idee meme à 10 Km/h. Mais il fut un temps où l’on se faisait arrêter par les flics et l’on avait droit à un Bonjour Mademoiselle, vos papiers SVP, suivi d’un discours un peu gaulois, un peu railleur ou franchement professoral – on s’en sortait avec une prune ou pas, le tout dans une certaine cordialité dont le degré dépendait de l’humeur des protagonistes. Mais je ne me souviens pas d’agressivité, de commentaires déplacés, de menaces idiotes et sans fondement.

Des petites anecdotes comme la mienne, j’en lis, j’en entends tous les jours, parfois aussi insignifiantes et parfois plus dramatiques. Et je me dis que la France a bien raison d’avoir peur de cet avenir que l’option numéro 1 lui prépare à coups de com et de démagogie….. Là-dessus, je vais aller confier mon péché de possession de portable en espérant qu’un homme de dieu aura la clémence de pardonner….

dimanche 19 avril 2009

Voyage en canapé



J’avais prévu de planter des fleurs, j’avais prévu de déterrer mes robes et mes sandales. Mais la pluie a tué tous me projets et mes envies. Plutôt que de laisser mon humeur devenir aussi maussade que le temps, j’ai enfilé mes chaussettes roses et mes pantoufles chinoises et j’ai élu domicile dans ma maison de campagne parisienne : mon gros fauteuil.

J’ai fait un petit voyage à Londres en compagnie de Woody, Scarlet et Hugh et l’on a bien ri, j’ai même eu parfois un peu peur en regardant "Scoop" : un très bon film pour un après-midi pluvieux. Je me suis ensuite échappée sur la Côte Amalfitaine au bras de Michel Déon dans « Les trompeuses espérances ». Un film et un livre au demeurant très différents et pourtant j’en tire une même leçon : méfions-nous des gens trop parfaits et des endroits idylliques.

Méfiante mais point dégoutée, j’ai continué mes petits voyages immobiles en cherchant l’endroit ideal pour mes prochaines vacances. Cette fois--ci, je veux des vraies, belles vacances avec farniente et ensoleillement maximum. J’hésite entre la Toscane, Santorin, ou notre petit repère en Provence ? Je pourrais retourner dans ces petits paradis que sont Le Chaufourg, Les Roches Blanches ou Iesolana. Mais j’ai envie de nouveautés. J’ai envie d’un petit hôtel avec une atmosphère de campagne, avec vue sur la mer, une piscine naturelle, une petite salle de gym, des massages, de vieux meubles de jardins et quelques transats confortables, de la confiture préparée dans la propriété, des repas simples composés des meilleurs produits de la région, une jolie salle à manger, un patio avec de la musique un peu surannée pour déguster l’apero, des chambres fraîches, des jolis villages aux alentours. Pourquoi les endroits idylliques sont si difficiles à trouver ? Parce qu’ils n’existent que dans ma tête, ou parce qu’ils sont uniquement destinés à servir de décor pour la littérature et le cinéma ? Je ne désespère pas, je continue ma quête, c’est si bon d’anticiper !

C’est si bon de s’échapper d’un vilain samedi pluvieux…

Et vous, vous avez déjà des idées pour vos vacances ?

lundi 13 avril 2009

En roues libres




Week-end de Pâques : le soleil s’est battu pendant 3 jours avec les nuages, je me débats entre mes envies d’écritures et mes projets d’adultes, entre mes envies de rêveries et mes envies de certitudes. Le soleil a gagné. Et moi ?
Comme d’habitude, je m’enfuis, je m’encours, j’essaye de calmer les murmures de mes folles pensées, ma balance intérieure oscille avec fougue. Je fuis en fermant les yeux , en offrant mon visage aux quelques rayons de soleil, en enfourchant mon vélo : je descends les rues à toute vitesse, je sens mon cœur battre, oserais-je encore lâcher le guidon ?
Je vais me perdre dans cette grande librairie bruxelloise et voilà que je repenche du côté de ma vie « rêvée ».En rentrant, je me plonge dans les albums de mon arrière oncle ; en parcourant les images de sa vie, mes envies d’écrire un roman viennent me mordre. Je me laisse distraire par mes nièces, on court derrière les poules. On rit, on hurle. Je cours derrière la simplicité de l’enfance. Le temps s’efface, l’insouciance des vacances scolaires me rattrape et si le week-end de 3 jours fondait indéfiniment ? Et si on s’enfuyait quelque part à la campagne et si on arrêtait d’attendre la petite maison aux livres ?
Et pourtant Paris me sourit, elle me tend ses expos, ses terrasses, ses marchés. Je gribouille, je retourne dans les pages de mon livre, j’aimerais être capable d’en faire autant : créer un univers vers lequel s’échapper, dans lequel se réfugier quand les plateaux de la balance hésitent. « J’ai deux amours : mon pays et Paris » chantait Joséphine Baker.
Comment choisir ? Faut-il choisir ?

lundi 6 avril 2009

Flemme


J’ai la flemme. J’ai l’impression d’avoir vécu trop vite ces derniers mois, de ne pas avoir pu ou su profiter des petits plaisirs de la vie. Depuis jeudi, j’essaye de ralentir, de respirer, de ne pas vouloir gagner à tout prix contre ma to-do-list. Je sens ce printemps qui arrive timidement et j’ai envie de l’accueillir dignement.

J’ai flâné et zigzagué ce week-end. Au Champion, j’ai choisi la file la plus longue pour papoter un peu avec ma caissière préférée, elle fait toujours des commentaires amusés sur les achats des clients et rigole pour un rien. Elle est vietnamienne, est haute comme 3 pommes et met du soleil dans mes courses.
Aux Galeries Lafayette Homme, c’est triste à pleurer, on se croirait dans un décor de « Peur sur la Ville » mais j’y trouve toujours les cravates de mon papa. Au numéro 8, de la Chaussée d’Antin se trouve un magasin de thé, « L’empire des thés », où l’on vous conseillera comme nulle part ailleurs, on vous écoute, vous questionne et vous parle des thés comme certains des grands crus. Si vous êtes dans le quartier ou si vous passez par Paris… J’y ai acheté une tasse délicate avec capuchon et un filtre intègre et deux « parfums » dont je vous donnerai des nouvelles.

Je vous parlerais bien du petit concerto sur la place Colette, face à la Comédie Française, des librairies visitées, de l’épatante Yolande Moreau dans le très joli et très pur « Séraphine » et de mon tea-time au Meurice mais j’ai la flemme…

Alors, je zappe sur les 7 questions du Mulot si vous aviez envie d’apprendre (encore) quelque chose d’inédit sur moi……

Depuis mes 12 ans, je suis fascinée par les pages Best du catalogue La Redoute. Il faudrait que je pose la question à un psy ?

J’adore aller faire pipi dans les toilettes des grands palaces…

Je rêve de ne posséder que très peu de choses mais que de très belles choses. Allez savoir pourquoi, je n’y arrive pas et je continue d’acheter des babioles au Monop, chez l’Espagnol et autres….

Je suis accro aux séries pour filles Grey’s, Gillmore Girl, Sex in the City, Desperate mais la « Chick Lit » me tombe des mains. Je ne suis jamais parvenue à finir un livre de Lauren Weisberger, Sophie Kinsela et leurs consœurs…

Je voudrais que tous les matins soient des dimanches matin.

Je suis une hyperactive contemplative….

Je me suis inscrite à la chaîne des livres grâce au Journal d'une mononeurone et honte à moi, j’ai mis un temps fou pour continuer la chaîne, interrompue par ma faute sur la worldwide blogosphere :

Voici donc les règles du " jeu " :
On s'inscrit dans les commentaires, pour que je vous envoie un mail contenant une pièce jointe ( un document Word ). Sur ce document, deux adresses.
Vous prenez la première adresse, et vous envoyez un bouquin en format de poche à la personne ( même si vous ne la connaissez pas, si si ). Un bouquin que vous serez allé(e) piocher dans votre bibliothèque personnelle, donc de préférence une édition que vous pourrez racheter facilement si vous en avez envie ( et si vous aimez le bouquin en question ).
Puis, vous effacez le nom et l'adresse de la première personne ( après l'avoir écrite sur l'enveloppe, de préférence ), et vous remontez le nom et l'adresse de la deuxième personne à la première place ( y'a de la promotion dans l'air, je vous l'accorde ). En deuxième place, vous inscrivez votre nom.
Ensuite, vous trouvez six amis qui aiment la lecture (tant qu'à faire ), et vous leur renvoyez le document Word, pour qu'ils fassent de même.

jeudi 2 avril 2009

Le bonheur qui vous tient la main


Je marche en lui tenant la main, on papotte de tout, de rien, de ce que l’on va manger, ce que l’on va regarder à la TL, ce que l’on fera demain. Nous nous pressons le long de la rampe, le vent souffle et j’ai froid, mes cheveux sont encore un peu mouillés. De gros nuages filent dans le ciel de la Mer du Nord. Je lui demande où va le tram, je me demande s’il va jusqu' à Bruxelles. Je me demande si ma maman viendra avec ce tram pour nous voir pendant le week-end.
J’ai très faim, je sors de la piscine ; j’y suis restée longtemps, le temps de faire toutes mes figures : crawl, brasse, saut du grand plongeoir, saut de face, saut de dos, plongeon assis du petit perron, toucher le fond avec mes mains dans la grande profondeur, etc. Entre chaque exercice, je frappe contre la vitre, elle boit son café mais je veux m’assurer qu’elle me regarde, Chaque jour, je remporte triomphalement la médaille olympique du bassin de natation de Wenduine. Elle rigole, me fait un clin d’œil, un petit coucou de la main. C’est le même rituel chaque jour.

Avant la piscine, elle m’attendait déjà en lisant son « Story » pendant que je faisais du cuistax sur la rotonde de la digue : je suis au volant de ma voiture, je file vivre des tas d’aventures, je suis une « Drôle de Dame », je suis Fantomette mais je ne suis plus la petite « Bouboule ». Avant, j’ai certainement été à la plage, voir les animaux au parc, j’ai certainement reçu un petit jouet, un livre, un « Bob et Bobette », des Babeluttes, elle a certainement accepté de monter tout en haut des dunes pour que je puisse regarder la mer depuis la petite maison et essayer d’apercevoir l’Angleterre comme mon père me le fait croire…



Le matin, nous avons été faire les courses au marché. J’ai peur, les gens crient fort, je ne comprends pas leurs patois, je ne la lâche pas. Elle parle avec tout le monde, les commerçants la connaissent : elle parle flamand, elle passe tous ses mois de mai dans cette petite station balnéaire de la cote belge. Je suis encore petite, je peux manquer l’école, ma sœur est restée à Bruxelles, elle doit aller en classe parce qu’elle est grande. Je reste avec ma grand-mère ; toutes les deux, on vit des journées douces et ordinaires qui se ressemblent.

Je descends de la digue, je lui tiens la main. J’ai 5 ou 6 ans. Je ne sais pas encore que plus tard quand je serai grande, quand on me demandera de penser à un moment où j’ai été parfaitement heureuse, c’est ce moment qui me reviendra bien souvent en mémoire. Ma bobone, savait-elle déjà reconnaître le bonheur quand il vous tient la main ?