
Je ne vous apprends rien Michael Jackson est mort. Farah Fawcett aussi.
Je ne vais pas les comparer : les gênes du talent avaient été trop injustement distribuées entre la star et la vedette même si leur fin fut d’une égale tristesse.
Je vous en parle parce que ces deux lascars ont occupé une place de choix dans mon panthéon personnel….
À l’époque, je vivais sous les cieux bruxellois. Je portais des jupes, des collants, des sous-pulls, des écharpes et des bonnets en « laine Spontex », dans des joyeux coloris allant du bleu marine, au bordeaux,, voire au vert sapin.
Nous ne connaissions pas les people. Les vedettes, c’étaient le Roi Baudouin et la Reine Fabiola, Mireille Mathieu, Adamo, Georges Brassens, Joe Dassin et Dalida pour la touche glamour. La seule touche de coolitude nous venait de Claude François et Sheila…. Aaah Sheila, son short et ses bottes en lamé rose et ce foulard si astucieusement noué autour de sa cuisse ; elle était pour moi le comble du chic distingué, un modèle !
Et puis j’ai découvert « Les drôles de dames » : la coolitude entrait dans ma vie. Cette Jill Monroe, allias Farah Fawcett Majors, avec ces 88 dents étincelantes, cette crinière blonde, ce teint de miel m’éblouissait. Et cette photo sur sa planche à roulettes (on ne disait pas encore skateboard, enfin pas moi), son jean moulant et ses baskets Nike m’obsédaient ! Ma vie en fut bouleversée à jamais.
Je tiens néanmoins à préciser que lorsque avec ma sœur, nous jouions aux « Drôles de dames », je préférais toujours jouer Kelly Garett/Jacklyn Smith (l'autre comble du chic distingué). Jill c’était une bête de sex-appeal et je me rendais bien compte qu’avec ma maigreur, mon teint pâle et petites boucles brunes, je n’étais pas du tout crédible, même pas dans ma tête. Alors que Kelly était plus accessible : ce qui donnait lieu à des discussions sans fin car ma sœur voulait aussi être Kelly !
Moi : « t’es bête ou quoi, toi t’es blonde et t’es grande, c’est toi Jill Monroe »
Ma Sœur « non c’est toi qui est bête, tu devrais prendre le rôle de Sabrina, c’est elle la plus maligne » (elle me prenait vraiment pour une conne)
Moi : « mais je m’en fiche d’être la plus maligne, je vais être la plus distinguée »
Généralement, je cédais mais sur le papier uniquement parce que dans ma tête Kelly, c’était moi !
Bref revenons-en à nos moutons : avec Jill Monroe, je découvris un autre monde, une autre planète, je savais désormais qu’il y avait une vie en dehors des kilts en laine !
Quelques années plus tard, j’ai su dans ma chair que le salut viendrait de l’Amérique (on ne disait pas les States, on disait l’Amérique comme dans la chanson de Joe Dassin, voire plus haut). Michael Jackson et son « Thriller » déboulait dans le Hit Parade de RTL et au plus profond de mon être, plus habitué à « Emmène-moi danser ce soir » et « Laisse les gondoles à Venise » : j’avais marché sur la lune.
Il y a eu ces clips, cette façon de danser, ces tenues délirantes, ces rythmes envoûtants et ces paroles auxquelles je ne comprenais rien et que j’ânonnais telle une panade en me secouant comme une sauvage (convaincue d’imiter le maître à la perfection).
Et puis, il y a eu cette mélopée inoubliable et frissonnante « We are the Wooooooorld »: comme ils étaient cools avec leurs casques, leurs t-shirts, leurs beaux sourires et cette façon de se balancer l’air de ne pas y toucher. Personne autour de moi n’avait cette dégaine, cette décontraction, cette jeunesse. C’était décidé, il fallait que je parle anglais, il fallait que j’aille voir cette planète de plus près... De mes 12 à 20 ans, je n’ai eu qu’une idée fixe partir en Amérique ! Michael Jackson m’avait montré l’horizon, l’Eldorado…..
Entre temps, il y avait eu les Jeux Olympiques de Los Angeles, il y avait eu « E.T. » et cette scène historique pendant laquelle des gamins de mon âge commandaient sur un téléphone spatio-temporel des pizzas qui arrivaient quelques minutes après : par la porte !!!!!! J’avais trouvé tout cela extraordinaire – mon téléphone était encore un lourd machin en bakélite et il fallait une force d’althérophile pour faire tourner le cadran. Et je ne vous parle même pas de leurs vélos avec leurs petites roues et leurs guidons super-cools, des modèles très éloignés du mien qui n’avait guère évolué depuis 1914 !
Bon dieu si vous pouviez nous rendre un peu de cette énergie, de cette naïveté, de cet enthousiasme et de cette créativité …..
PS pour Lili de Marrakech : tu te souviens du concert? Encore merci de m'avoir accompagnée et conduite et supportée !







